
CAP A GAUCHE
35
..."Il ne peut y avoir de révolution que là où il y a conscience"... Jean JAURES
Billet n°97 Nelle série dimanche 21 décembre 2008
Cafard Noël !
J’ai toujours craint Noël ! Non pas le vieillard à la barbe blanche, mais cette période propre aux frustrations les plus graves, car proportionnelles aux espoirs entretenus. J’adore me retrouver en famille, entouré de mes enfants et de leur famille, instants chaleureux parce que moments d’amour. Mais je crains les fêtes annoncées. Parce que ceux qui s’y préparent y apportent justement trop de cœur et parce que, de ce fait, il est presque impossible que le bonheur qu’ils en reçoivent soit à la hauteur de leurs espoirs et de leurs efforts. J’ai peur de lire la déception dans le regard de ceux que j’aime.
La fête de Noël est à mes yeux sans doute la plus traumatisante. Précédée de cette course angoissante aux cadeaux. Quelle idée neuve, quelle idée originale ? Comment trouver l’objet qu’il ou elle n’a pas déjà ? Comment affronter ces foules agglutinées dans les magasins ? Quand aurais je le temps de faire mes courses ? Jusqu’à quel niveau de dépense faut-il consentir ? Vais-je paraître excessif ou mes cadeaux seront-ils insuffisants ? Ce que je vais offrir plaira-t-il ?
Et puis le jour venu, les cadeaux sont déballés, les papiers colorés jonchent le sol entremêlés de bolduc. Chacun a guetté chez celui qui ouvrait son cadeau la petite lueur dans l’œil qui prouverait que l’objectif est atteint. En quelques minutes un empilement d’objets divers qui ont coûté une petite fortune, qui ont nécessité pour les acquérir des heures et des heures de queue ici ou là, dont l’utilité est quelquefois discutable, se trouve ainsi distribué. Les donateurs ont sans doute le sentiment du devoir accompli, sans pour autant être certains d’avoir vraiment fait plaisir. Une sensation de frustration plane sur chacun des convives heureusement dissipée par une sorte de soulagement : c’est fait ! On peut reprendre le cours des conversations et celui du repas.
On ne va pas pleurer sur ce qui n’est finalement que problèmes de riches ! Car la frustration est évidemment bien plus grave chez ceux qui ont d’autres soucis que de choisir les cadeaux. Comment ceux qui n’ont rien ou si peu, ceux que la société exclue sans vergogne de la fameuse société de consommation, de cette société dont ils ne peuvent voir que les images et subir les effets redoutables, comment ceux là pourraient rester indifférents devant le déluge de tentations dont la moindre émission de télévision est porteuse ? Comment ne seraient-ils pas saisis par la rage ?
Les plus vieux d’entre nous savent qu’autrefois le cadeau de Noël n’était souvent qu’une belle orange. Et la fête ne s’en trouvait pourtant pas gâchée. Car la rareté du cadeau lui donnait une valeur plus grande. Mais aujourd’hui voudrait-on limiter l’avalanche d’achats souvent superflus qu’on ne le pourrait pas. Nous sommes tous conditionnés. Il nous faut tous sacrifier au Dieu-Consommation. Ce qui rend encore plus terrible la situation de ceux qui matériellement ne le peuvent pas.
Le responsable du centre social de ma commune me disait les conflits qui éclataient entre des parents qui ne pouvaient offrir des cadeaux de Noël aux enfants. Immédiatement je cherchais le moyen d’effacer cette frustration intolérable. Mais comment y parvenir ? La bourse aux jouets organisée quelques jours plus tôt ne pouvait répondre aux besoins. Le directeur m’expliquait : ce que réclament les gosses, ce sont des lecteurs MP3 ou des consoles de jeux. Trop cher pour les familles, trop cher pour la collectivité!
L’Ogre de la société de consommation – en réalité l’Ogre capitaliste qui ne saurait vivre autrement - détruit tout sur son passage. Il pousse les gens au sur-endettement, il suscite des besoins souvent inaccessibles, il provoque des achats qui ne s’imposeraient pas comme les plus judicieux, il démolit les budgets familiaux et détruit les familles. Plus criminel encore, il démoralise les enfants qui souffrent des comparaisons avec leurs copains, il les pousse à culpabiliser leurs parents, il les pousse à exiger tout et tout de suite, il les prive de ce temps de rêve, de ce temps d’attente, de ce temps de l’espoir et des projets qui donne une couleur à la vie. L’Ogre sème le malheur.
Faut-il se réjouir du fait que maintenant le Père Noël ne vienne plus de Laponie comme on le dit dans les contes pour enfants mais de Chine où il commande l’essentiel de nos achats, comme le révèlent les comptes de la Balance Commerciale ?
Joyeux Noël quand même !
Jacques Fleury| Septembre 2010 | ||||||||||
| L | M | M | J | V | S | D | ||||
| 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | ||||||
| 6 | 7 | 8 | 9 | 10 | 11 | 12 | ||||
| 13 | 14 | 15 | 16 | 17 | 18 | 19 | ||||
| 20 | 21 | 22 | 23 | 24 | 25 | 26 | ||||
| 27 | 28 | 29 | 30 | |||||||
|
||||||||||
CULTURE
Merci de consulter le site suivant et n'hésiter à prendre contact avec l'artiste.